Quand la terre vient mourir à la vague, vers Roscoff, ou à Santec, sans violence,
mais non sans caractère, il faut souvent traverser des étendues de rochers
enchevêtrés pour accéder au paradis des belles plages. Massifs et menaçants, ces
rochers se dressent parfois comme des gardiens de la terre.
En plus, Le granite de la côte s’enfonce loin dans l’océan et des écueils émergent
comme des rostres que l’on repère quand les vagues se brisent à leur surface
affleurante en écume blanche qui éclabousse la mer bleue. On voit aussi des formes
hérissées entre les îles qui semblent tanguer sur l’eau avec la diffraction, les marins
doivent naviguer entre ces monstres marins pour arriver aux ports, entrer dans les
abers.
Cependant, dans cette partie du Léon, la violence est bien plus souvent celle du vent qui
a façonné les paysages. Quand il arrive à franchir la hauteur de Batz, il peut
s’engouffrer, puissant, dans les rues tortueuses où il s’essouffle contre les façades
vieilles et trapues, serrées, construites exprès pour le soumettre et le renvoyer le long
des quais où l’on circule, des relents plein le nez, entre les filets et les casiers
entreposés des chalutiers affaissés contre la digue. Ils reposent de guingois sur l’estran
vaseux du port quand la mer est retirée, leurs flancs abimés par les paquets de vagues
et les ponts usés par le travail répété des hommes à bord.
Le long des côtes, des pins lancent leurs troncs anguleux dans l’espace à l’assaut de ce
vent qui les casse. Les paysages en ont la verticalité compromise par une végétation qui
ploie sous des ciels trop lourds, alors qu’au sol, les plantes et des herbes de toutes
sortes poussent sur cette terre de sable.
Sur des formats de cartes postales, j’ai tenté par des dessins volontairement maladroits
qui ont pris forme peu à peu, par des taches d’encre et des gribouillis, par des tracés
abstraits et des désordonnances, de rendre compte des déséquilibres et de l’harmonie
qui font des paysages des côtes bretonnes une dualité antinomique permanente et
magique, unifiée par l’étendue marine qui n’a d’égale que le ciel avec lequel parfois elle
se confond.
Ces émotions que je perçois pendant de brefs séjours estivaux en Finistère agissent
comme les réminiscences que Marcel Proust revivait de ses vacances à Balbec,
transformant en la mémoire des endroits confondus en images floues et idylliques
comme les peintures pointillistes de Théo Van Rysselberghe.