J'ai pensé une fantaisie et bien entendu par association d'idées, la sonate au clair de
lune. Pur souvenir d'enfance.
Le nom de la sonate que Beethoven avait intitulé "Quasi una fantasia…", est venu au
poète Ludwig Rellstab par l'image du lac des Quatre cantons sous la lune qu'elle lui
inspira.
Puis j'ai pensé au tableau majestueux du lac peint par Richter ; la brume floutée d'un
romantisme maléfique, nimbée d'une lumière aveuglante qui se répand sur l'étroite
vallée prise dans l'écrin des sommets alpins qui tombent à pic dans ses eaux glaciaires.
Drôle de cheminement pour illustrer ces fantaisies qui n'ont ni similitude avec le tableau
ni non plus avec la technicité de Richter, mais qui ont peut-être un peu à voir avec la
sonate de Beethoven.
L'improvisation à partir d'un mouvement libre un peu pastoral est fait sur une couleur qui
apporte par son opposition au noir une unité de profondeur dramatique à l'espace
pictural.
Les variations de tonalité du noir qui se superposent et sont la base d'un sentiment
mortifère, comme dans une lamentation sur les horreurs du monde nous entraînant sans
réaction apparente vers un nouveau cataclysme général.
Distendre l'espace entre les tableaux sur un mur blanc accentue la gravité intense
contenue dans chacun. Les sensations qui s'en échappent nous laissent dans une
complète incompréhension et avec un questionnement quasi métaphysique.
Alors que réunir les quatre sur un fond d'une toute autre couleur leur donne une
coloration plus légère et décorative, un effet esthétique, un mouvement joyeux comme
celui d'un espace festif, éloigné des vicissitudes du temps.
Cette double signification possible que l'on peut donner aux œuvres exposées est aussi
proche de la sonate n°14 que l'on peut écouter en ne retenant que l'allégretto puis la
violente vitesse du dernier mouvement parce que le premier, grave et complexe,
exprime une douleur si profonde qu'on veut l'oublier comme on doit oublier la mort de
l'autre tant la vie nous en impose.
monochromes
acrylique sur toile de lin 2025
à propos de monochromes...
L'hiver est encore revenu, les jours ont raccourci et la peinture s'est dévêtue de ses
couches colorées.
Des "objets spectraux", probablement des illusions s'affrontent dans cette nudité
spatiale.
Le blanc tramé de la toile reçoit les coulures d'une peinture diluée comme une encre de
Chine et des traces sombres et épaisses qui s'étalent à sa surface, et à mesure que le fil
de lin absorbe le liquide, de noire la couleur devient grise et lointaine,
Cela donne une profondeur aux objets et aux extraits de matières. On découvre alors
sur les tableaux des formes noueuses et torturées, malmenées par des
éclaboussements éparpillés en tous sens.
Le peu de lumière venant du ciel sans bleu de l'hiver et éclairant bien faiblement la pièce
où je travaille, m'oblige à un geste rapide, sans y revenir, sauf sur une proportion qui
défaille ou pour suppléer un vide et combler ainsi un espace distendu.
C'est tout !
Les formes et les visions fantomatiques qui naissent de cette peinture rapide brouillent
l'espace par des jeux d'ombres et de lumière qui se posent au hasard et qui nous
entrainent dans un univers de contraires où souvent on croit reconnaître dans ces
paréidolies, le monstre à la gueule béante,
Léviathan,
avalant dans un même souffle les âmes mortes et celles des vivants,
Où l'on peut s'imaginer, au comble d'une peur primale, entendre hululer le hibou
maléfique, entre les branches touffues des forêts obscures et les silhouettes
monstrueuses des arbres devenus des géants.
30 cm x 30 cm
40 cm x 40 cm
80 cm x 80 cm
92 cm x 65 cm
les tulipes de Téhéran
acrylique sur toile de lin 2025 3 x (92 cm x 65 cm)
à propos des tulipes de Téhéran...
Ce ne sont pas des tulipes renversées comme elles existent
naturellement en Iran. Elles ne sont pas non plus à l'envers, je ne suis
pas Baselitz, mais elles sont couchées, comme mortes, gisantes.
Les tulipes de Téhéran
Elles sont aux couleurs du pays plus le jaune, la couleur la plus violente
de l'explosion de la lumière.
Aujourd'hui, le sentiment de honte qui me submerge se mêle à la
compassion que je ressens pour les Iraniens et pour les peuples qui
subissent la violence inhumaine.
On veut détruire, on veut écraser les tulipes et d'autres cultures
multimillénaires, c'est la triste raison qui m'a poussé à peindre les tulipes
couchées.
exquises esquisses
acrylique sur toile de lin 2025 7 cm x 7 cm
à propos d'esquisses ...
Première expression, ces esquisses me font penser aux études de Peder
Balke des paysages du grand nord, de Laponie, souvent peints sur des
petites chutes de planches avec force virtuosité. Visions d’une nature
romantiques et tragiques, peintes sur le vif, où les couleurs verdoyantes
de la toundra, brunes de la roche et celles variées des verts et des bleus
de la mer et du ciel sont remplacées par le sombre et des nuances de
crème d’où la lumière parfois jaillit en des blancs éclatants et où la
verticalité exprimée de mille manières donne l’échelle du grandiose.
Exquises esquisses, mes petits carrés colorés, à la frontière de l’abstrait
ne présentent pas de continuité ni de chronologie. J’ai seulement
sélectionné des extraits choisis des esquisses que j’ai produites où
l’équilibre des traits et des couleurs étaient les plus satisfaisants et
provoquaient de fortes émotions parce que plein de second degré dans
leur lecture.
Exquises esquisses, comme ces petits berlingots bariolés qui fondent
dans la bouche en coulées de douceur sucrée et qui sont autour de moi
comme l’armée des soldats de l’empereur de Chine, ou comme les
trésors de Pharaon, compagnons et défenseurs dans le voyage éternel,
qui se montrent sur leurs petits chevalets à défaut d’être encadrés pour
l’instant dans des formats modernes et grands, qui en feraient au mur des
tableaux magnifiques.
les quatre fantastiques
acrylique sur toile de lin, cadre en chêne clair 2025 40 cm x 30 cm
à propos des quatre fantastiques ...
En cherchant des esquisses j’ai retrouvé ces petits formats que j’avais
négligés et stockés dans un coffre qui me sert de grenier et les y avais
oubliés. C’est là qu’ils ont acquis une dimension paysagère fantastique
que je n’avais pas remarquée avant.
En les redécouvrant, je me suis retrouvé quarante ans plus tôt lorsque
j’admirais des tableaux de Roberto Matta à Beaubourg. Sa peinture
abstraite, surréaliste, fraîche, spatiale m’avait enthousiasmé. Je l’ai
gardée en mémoire, comme d’autres, comme Richter, comme Per
Kirkeby, comme Carzou pour certains aspects de sa peinture.
Les quatre sont devenus des spatialités qui relèvent du fantastique parce
qu’ils sont traversés de rayons cosmiques, une sorte de déplacement
‘transtemporel’ instinctif de corps élastiques par un vaisseau du type
Millenium au-delà de galaxies inconnues pour établir une sorte de nouvel
enracinement destiné aux générations qui n’existent pas encore et qui
risquent de ne plus avoir sur terre d’endroit où grandir.